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Janvier 2002

LA CHAINE OPERATOIRE de la POTERIE

Les carrières

L'exploitation de l'argile des mares et des cours d'eau à ciel ouvert est plus répandue au Burkina Faso que celle issue de l'extraction des carrières. Ces lieux d'extraction sont en général peu éloignés mais certaines carrières peuvent se situer parfois à près de dix kilomètres du lieu de production artisanale de la poterie. Les aspects religieux, notamment les sacrifices propitiatoires qui sous tendent les activités de production céramique ont peut-être contribué au faible niveau de recherche de nouveaux sites d'extraction de l'argile. Les traditions orales attestent de l'utilisation pluri-centenaire de la majorité des carrières d'argile.

Les moyens de transport restent les paniers en matière végétale ou les assiettes métalliques portés sur la tête. L'utilisation de la charrette à traction asine se répand lentement pour cause de son coût élevé. L'argile ainsi parvenue à l'atelier peut être mis en séchage ou directement mouillée en fonction des qualités des constituants physico-chimiques.


L'atelier

L'atelier occupe souvent un espace réduit de l'enceinte résidentielle ou une pièce de l'habitation quotidienne. Les artisans qui façonnent à l'aide d'un moule concave, construisent des cases spécialement aménagées avec des cavités sphériques de différentes dimensions creusées dans le sol ou dans une masse d'argile. Dans les ateliers où l'on façonne en colombinage, on trouve comme équipement mobilier, des fragments de meules, des fonds et des bords de vieilles céramiques en guise de support au façonnage. Cet équipement traditionnel s'est enrichi dans certains ateliers avec l'introduction du tour métallique dans le dispositif de façonnage.

La préparation de la pâte d'argile

La préparation de la pâte d'argile destinée au façonnage des poteries constitue une étape importante puisqu'il s'agit de lui conférer des caractères qualitatifs à même de réduire le taux d'échec lors du séchage et de la cuisson des poteries. Les qualités physico-chimiques des argiles ont conduit les potières à adopter différentes techniques de traitement de la pâte argileuse. Dans certaines régions, on mélange deux ou plusieurs types d'argile tandis qu'ailleurs, la pâte est préparée à partir d'un seul type d'argile.
Certaines potières, après l'extraction de l'argile, la font sécher pour réduire le taux d'humidité. L'argile séchée est ensuite pilée et tamisée, soit avec des tamis faits de fibres végétales, soit avec des tamis métalliques. L'argile ainsi débarrassée des impuretés (sable, gaillettes de mica, petits galets de quartz, fragments de calcaire, débris végétaux) est mouillée pendant toute une journée et/ou une nuit, avant d'être pétrie.

Parfois, l'argile issue des carrières est directement mouillée pour la préparer au pétrissage. Le choix des techniques de traitement de l'argile dépend donc de ses constituants physico-chimiques issus du milieu de sédimentation.

Le pétrissage et les dégraissants

Cette opération est capitale puisque que c'est au cours du pétrissage que les dégraissants divers sont ajoutés à la pâte pour bien mélanger les éléments plastiques et non plastiques. Les dégraissants peuvent être d'origine minérale ou végétale ou encore des déjections d'animaux (crottins d'âne ou de boeuf). Le dégraissant le plus répandu chez les potières du Burkina est la chamotte, constituée de tessons de vieilles poteries broyées en poudre. Quelques potières utilisent, à la place de la chamotte, des scories réduites en poudre
Certains potiers effectuent le pétrissage avec les mains, d'autres avec les pieds ou les utilisent alternativement.


Le façonnage

On peut distinguer au moins trois types de façonnage avec des variations techniques, surtout dans le dispositif servant de support à la céramique en cours de fabrication et les instruments employés : le moulage, le colombinage et le modelage. Certaines potières combinent parfois deux techniques lors du façonnage des poteries.

Le moulage

Le moulage peut s'effectuer avec un moule concave ou avec un moule convexe. Le moule concave peut être fixe ou mobile. Le moule fixe est une cavité sphérique creusée soit directement dans le sol soit dans une masse d'argile séchée. Dans ce dernier cas, il se présente comme un disque à fond concave. La technique consiste à aplatir à la main l'argile façonnée en forme de disque épais. L'artisan fait tourner le disque d'argile qui devient de plus en plus mince et s'étend en forme de calotte sphérique. Il ajoute du sable à la surface de la cavité pour la rendre glissante. Lorsque le fond et la panse de la poterie sont ainsi construits, on la laisse sécher. Le bord et la lèvre se font avec des boudins d'argile qu'on lisse en y ajoutant de l'eau en en frottant le bord avec une feuille d'arbre ou la cosse d'un fruit. Certains emploient un chiffon ou d'autres instruments pour lisser le bord.
Le façonnage à l'aide d'un moule convexe se fait sur le fond d'un fragment de poterie renversé. Cette technique sert à façonner uniquement le fond du pot ou un bol à ouverture très large.

Le colombinage

Le colombinage, s'est la superposition de colombins ou boudins en vue du façonnage d'une poterie.
Le dispositif technique du colombinage utilise toujours un plateau, généralement le fond d'un vieux canari sur lequel on forme la poterie. Certaines potières utilisent une assiette de métal émaillée. L'ensemble du dispositif tourne, ce qui permet à la potière de monter les colombins tout en étant assise. Lorsqu'il s'agit de grandes jarres, elle est obligée de tourner autour de la poterie pour monter les colombins.
L'argile est roulée en boudins en forme de fuseau. Le montage s'effectue par le pincement des colombins entre le pouce et l'index de la main droite, tandis que la main gauche servant de pression externe est placée entre le premier stade et le support. Après quelques superpositions des boudins, les jointures sont effacées à l'intérieur et à l'extérieur par lissage.


Le modelage

Cette technique concerne les récipients de petite dimension. La potière creuse l'intérieur de la masse d'argile à l'aide des mains ou avec des coups de poings. La mise en forme se fait par étirement et par amincissement dans un mouvement circulaire jusqu'à obtenir une forme grossière qui sera affinée par la suite. La main gauche fait tourner le dispositif mobile et la main droite régularise l'intérieur de la poterie. Après un léger séchage le bord est façonné par des boudins comme le colombinage.

Le lissage

Le lissage consiste à égaliser la surface d'une poterie encore humide. Les lignes de superposition des colombins sont supprimées et les parois internes et externes sont régularisées à l'aide de divers instruments. Une large feuille d'arbre, une cosse de fruit ou la limbe de maïs sont utilisés dans l'opération de lissage. Certaines potières emploient aujourd'hui la face externe d'une cuillère métallique. Cette opération prépare la surface extérieure de la poterie à la décoration.

La décoration

Le décor en relief est très répandu dans la céramique ethnographique du Burkina Faso. La très grande variété des décors témoigne de l'ingéniosité des potières dans la combinaison des motifs. Au delà de l'aspect esthétique, le décor constitue une marque d'atelier. Des signes distinctifs permettent ainsi aux potières de reconnaître leur production au sein d'un ensemble de poteries lors de la cuisson collective. Le décor devient une marque de propriété, une sorte de label. Il s'effectue en général lorsque la surface externe est encore humide. On rencontre quelques rares décors internes à l'intérieur de la lèvre de la poterie.
Les instruments de décoration varient selon le motif recherché. L'usage de la paille tressée ou du fil de coton tressé, du bracelet torsadé en laiton est commun à beaucoup de potières. L'épis de maïs égrené ou un morceau de bois gravé permet d'obtenir d'autres motifs décoratifs. Le ressort métallique de cycles est de plus en plus employé dans la céramique contemporaine.
Parmi toutes les variétés des décors, la technique de l'impression effectuée au peigne fileté ou à la roulette est la plus répandue et la plus ancienne. Le décor incisé ou en chevrons, présent sur la céramique archéologique perdure dans la céramique ethnographique. La moulure et le décor piqueté apparaissent comme des innovations.
 
Extraction de l'argile dans une carrière
Atelier d'apprentissage / Moulage

Ingrédients de la poterie (dégraissants)

Pétrissage à l'aide des pieds, à l'aide des mains et préparation de la chamotte
Le moulage
Le colombinage
Le modelage
Le lissage
La décoration
Cuisson à l'air libre
Four traditionnel

Four moderne
La cuisson

Parmi les techniques traditionnelles de cuisson des poteries, celle réalisée en tas, à l'air libre, généralement à la périphérie du village reste la plus répandue. A quelques variantes près, cette pratique est demeurée immuable. Les poteries soigneusement rangées sont recouvertes par de gros tessons. Le combustible recouvre l'ensemble des poteries à cuire. Après la mise à feu, les potières expérimentées exercent une surveillance permanente en attisant le feu selon le degré de cuisson voulu. Pour obtenir la teinte noire, les potières aspergent les récipients de décoctions de gousses de Néré (Parkia biglobosa), préalablement bouillies.
La cuisson pratiquée dans le four traditionnel est employée dans certaines régions du Burkina Faso.
L'emploi du four traditionnel est une innovation mais encore peu répandue. Le four se présente sous la forme d'une construction circulaire à toit ouvert. Des évents au niveau du sol servent à allumer le feu et à extraire la cendre. La capacité de charge de ce dispositif est moindre que la cuisson à l'air libre mais il permet un meilleur contrôle des flammes et préserve les potières des émanations de la fumée.
Le four moderne à toit conique est une innovation très récente dont l'emploi reste encore limité à quelques villages dont les potières ont suivi une formation dans des ateliers spécialisés. La capacité de charge varie selon les dimensions de la construction. Les avantages du four moderne son l'utilisation en toute saison, l'économie du combustible et la préservation des potières des brûlures.